Sednaoui…prémices des centres commerciaux en Egypte

Hanaa Khachaba Mardi 30 Juillet 2019-14:34:53 Chronique et Analyse

Pour ceux qui ont grandi au Caire, ils ont tous le souvenir de Grands Magasins qui allaient par les noms de Cicurel, Omar Effendi (Orosdi-Back), Sednaoui, Chemla et dont la clientèle englobait toutes les couches de la population. Ces grands magasins étaient les prémices des centres commerciaux en Egypte. Ces temples du commerce n’avaient sans aucun doute à envier grand-chose à leurs homologues dans les grands pays européens, entre les années 1920 et 1955. Les grands magasins du Caire ont pu un jour rivaliser avec ceux de Londres ou de Paris.

 

Ces grands magasins formaient le cœur d'un quartier commercial au centre de la ville du Caire que les urbanistes cherchent à recréer de nos jours. Sednaoui, Adès, Cicurel, Hannaux et Omar Effendi (Orosdi-Back) étaient des entreprises d'hommes d'affaires étrangers qui résidaient en Egypte.

Les frères Sednaoui étaient des Chrétiens d'origine syrienne. Ils étaient venus en Egypte de Syrie au début du 20ème siècle et avaient créé un ensemble de grands magasins rivalisant avec les quartiers commerciaux de Londres, de New York et de Paris.

Le magasin Sednaoui,  composé de trois étages, tirait parti de son réseau d'acheteurs à travers le monde pour fournir les marchandises qui figuraient dans ses catalogues et qui alimentaient ses ventes innombrables. A l'époque, les vitrines attiraient les clients pour les amener à entrer dans le magasin, et les soldes régulières de Sednaoui mettaient les marchandises à la portée des acheteurs aux revenus modestes pour lesquels les produits de luxe qui figuraient de manière proéminente chez Cicurel étaient hors de leur portée.

En avril 2015, Sélim Sednaoui, le petit-fils de Samaan Sednaoui, le fondateur des grands magasins du même nom, est décédé. En l’honneur de sa mémoire et des efforts déployés pour documenter l’héritage de sa famille, on aborde dans les lignes suivantes quelques épisodes de sa vie et de la popularité de leur grand magasin et ce qu’il représentait dans l’Egypte cosmopolite d’une époque révolue.

« Al-Sira atwal men al-omr », qui signifie que la réputation d’une personne lui survit. Ainsi dit l’adage égyptien. Le grand magasin de Sednaoui- et l’histoire de ses fondateurs- est la parfaite manifestation de ce dicton. Les magasins Sednaoui sont plus que de simples reliques d’une époque dorée, représentant la société cosmopolite scintillante d’une époque révolue en Egypte. Le premier grand magasin Sednaoui a ouvert à Al-Khezindain en 1913, mais les efforts et l’énergie derrière ce magasin ont commencé en 1878, quand Samaan Sednaoui, un vendeur de rue a fui en Egypte afin d’échapper à la poursuite des catholiques grecs en Syrie ottomane. La fondation d’une petite mercerie avec son frère a été la première étape de leur entreprise qui a rapidement fleuri dans une chaîne de plus de 70 succursales à travers le pays.

En 1891, les frères Sednaoui ont annoncé dans le journal Al-Ahram que leur nouvelle collection d’été comprenait les derniers tissus à la mode importés d’Europe. En 1906, Samaan et Sélim Sednaoui avaient déjà établi un magasin prospère avec un très haut sentiment de responsabilité sociale d’entreprise. En 1907, ils ont transformé l’un de leurs magasins en une société au capital d’environ 215 mille livres sterling. À ce moment-là, ils avaient des magasins au Caire, à Alexandrie, à Mansoura, à Léon et à Paris, ainsi qu’un petit bureau à Manchester, en Angleterre sur 102 Bloom Street. Cependant, le siège social est resté le joyau architectural du quartier de Mouski, l’un des quartiers les plus peuplés du Caire. Malheureusement, en 1908, Sélim Sednaoui est décédé. Beaucoup ont commémoré son décès avec un profond sentiment de tristesse, y compris, bien sûr, la Chambre de commerce égyptienne.

La responsabilité sociale des Sednaoui était aussi efficace et fructueuse que leur entreprise. En plus de leurs généreuses contributions aux organismes de bienfaisance coptes et islamiques, les Sednaouis ont construit un hôpital caritatif en leur nom, aussi connu sous le nom de Dar Al-Shifa à Al-Abbassia, qui a été construit en 1940.

Les magasins Sednaoui ont, malheureusement, été nationalisés en 1961, ce qui a entraîné la fin de l’entreprise familiale en Egypte après avoir fonctionné pendant des décennies comme une entreprise au succès social remarquable. Ce qui reste sont les branches, avec leurs conceptions architecturales uniques et les souvenirs qu’ils préservent d’une Egypte dont beaucoup d’entre nous rêvent encore.

*Source :Ahram online

 

 

Elisa Sednaoui, des réminiscences de l’enfance …

Partout où elle va, Elisa se sent chez elle. La jeune femme apprivoise les lieux comme les gens avec une facilité déconcertante. « Mes parents m’ont élevée de telle sorte que je puisse me sentir à l’aise partout, dit-elle. La clé de leur éducation ? Rester la même ».

Elisa Sednaoui est le fruit de l’union d’un Egyptien et d’une Italienne. Pour le pays de son père, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 6 ans, elle garde « un amour illimité ». Après l’arrivée de Nasser au pouvoir en 1952, et la nationalisation des grands magasins Sednaoui fondés par son grand-père, la famille quitte l’Egypte pour le Liban. Après des études d’architecture en France et en Angleterre, le père d’Elisa revient au Caire. Dans la périphérie de Louxor, il tombe amoureux d’un coin de campagne et y construit une maison de terre. De son enfance, Elisa a le souvenir d’un « univers de sens », plein de la senteur mêlée des épices, du sable et de la poussière ocre. La petite fille va à l’école maternelle du quartier de Zamalek, un îlot de verdure de la capitale, d’où la famille s’échappe dès qu’elle le peut pour rejoindre Louxor. « Un endroit où j’ai toujours été moi-même, dit-elle. Il y a là-bas quelque chose de brut, de sauvage… et de très simple, au fond. »

Petite, Elisa voulait être diplomate. Elle est fière d’avoir gagné sa vie en tant que mannequin. Cet argent lui permet aujourd’hui de produire un film « à 25 ans, sans avoir besoin de l’autorisation de personne, dit-elle. Et ça, au-delà de toutes les folies, c’est du concret ». Elisa veut passer derrière la caméra, raconter une histoire qui lui soit chère. Quand arrive la révolution égyptienne, elle est prise du désir d’« humaniser le pays », d’écrire un film « pas politique mais social, dit-elle, comme une lettre d’amour à Louxor, à cette communauté, à cette façon de vivre et d’entendre la nature, la spiritualité. C’était aussi une manière de prolonger l’action de mon père, d’assouvir notre souhait et notre besoin de réunir Orient et Occident, de travailler sur les préjugés du monde envers un pays arabe et musulman ».

*Source : Paris Match

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